La victoire d’Obama, miroir de la fragmentation de la population américaine ?

« 4 ans de plus » est l’expression qui a été scandée le 6 novembre dernier à l’annonce de la victoire de Barack Obama. Jusqu’à la dernière minute les sondages étaient serrés, le doute planait sur les « swing states », mais c’est bien le candidat démocrate qui a remporté l’élection avec 303 votes de grands électeurs contre 206 pour son adversaire Mitt Romney. Néanmoins la victoire n’a pas été aussi large qu’en 2008, où Obama obtenait 52,9% des voix contre John McCain. Cette année, les résultats se sont joués à (seulement) 2,8 millions de voix d’écart.

L’analyse des statistiques des votants révèle clairement des grandes tendances de vote. En effet 93% des afro-américains se sont prononcés en faveur d’Obama, ainsi que 71% des hispaniques. On peut donc attribuer une partie de la victoire démocrate aux minorités, qui ont massivement voté pour lui.

Une tendance concernant le sexe et l’âge peut également être dégagée. Mitt Romney n’aura obtenu que 45% des votes féminins contre 55% pour Obama. La volonté républicaine de remettre en cause l’avortement aura poussé les femmes à voter démocrate.

Enfin, on peut distinguer des écarts de vote en fonction de l’âge. 60% des  18-29 ans ont voté pour Obama alors que seulement 44% des plus de 65 ans se seraient prononcé en sa faveur.

On peut arguer de ce constat que le succès démocrate serait basé sur une « coalition de minorités ». En effet, selon les statistiques de l’ambassade de France implantée aux Etats-Unis, les hispaniques représentent 15 % de la population américaine et les afro-américains 13%. D’un point de vue démographique, les hispaniques sont la catégorie la plus dynamique et, surtout, ils représentent la plus large minorité américaine. Dès lors, l’enjeu est de taille puisque d’ici à 2050 ces minorités devraient représenter 46% de la population totale américaine. Les futurs candidats aux élections présidentielles ne pourront donc pas espérer voir l’ombre de la Maison blanche sans gagner largement leurs voix.

De la même manière, le taux de participation de la population américaine blanche en faveur du camp républicain est notable. 59% d’entre eux se sont positionnés en faveur de Mitt Romney, ce qui constitue la part la plus importante de vote des populations blanches depuis le candidat républicain Ronald Reagan.

Ainsi, des divisions apparaissent au sein de la société américaine, surtout autour de la distinction entre minorités ethniques et population américaine « blanche ». Dès lors, on peut se demander si la victoire d’Obama n’est pas le reflet de cette fragmentation de la société. Un tel phénomène constitue une lourde menace pour l’unité du pays et c’est à croire que la pétition signée par sept Etats démocrates pour sortir des Etats-Unis serait un pas vers une fracture de la société américaine.

Margot Minet

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