Ils se sont dit « oui »!

Par 329 voix contre 229, le couperet vient de tomber pour la droite : la mariage pour tous, premier grand symbole de l’ère Hollande, a été adopté à l’Assemblée nationale en première lecture. Tout un symbole. Retour sur des semaines de débats, d’échanges parfois musclés et d’invectives lancées à tout bout de champ.

Ce n’est pas vraiment une surprise : avec un gouvernement socialiste, soutenu par une majorité au Palais Bourbon ainsi qu’au Sénat, François Hollande avait un boulevard. Mais la bataille, quoi que « gagnée d’avance », n’a pas été facile pour autant. Débats à rallonge, manifestations médiatisées et suivies par des milliers de Français, une égérie, Frigide Barjot, présente sur tous les plateaux télés… Depuis plusieurs mois, les « anti » ont monopolisé l’attention. A tel point que certains se sont mis à douter.

Mais ce mardi 12 février 2013, sonne le glas de ce qui aura été « le grand défouloir ». Aux alentours de 17h30, la petite histoire rencontre la grande. Les 577 députés, quasiment tous présents, ont tranché : comme en Belgique, en Argentine, en Espagne, bientôt en Angleterre et quatorze autres pays, la France aura son mariage gay. Finies les frasques de Christian Jacob, dehors les Xavier Bongibault, bras droit de Frigide Barjot, et tous les pourfendeurs d’un mariage entre un homme et une femme, seulement. Il n’y aura plus qu’une dernière étape, la manifestation du 24 Mars prochain. Comme le dernier souffle d’un condamné à mort. Car qu’on se le dise : cet examen de texte de loi a été le témoin d’un débat qui n’en finissait plus (lire l’article).

Dix jours à l’Assemblée nationale, jour et nuit, 109 heures d’échanges parfois intenses, 5000 amendements à défendre ou réfuter qui auront miné le débat public. Nous retiendrons par exemple les sorties médiatiques de Jean-Francois Copé, celles de Christine Boutin. Mais surtout ces nombreux amendements, d’une stupidité rare. Exemple ? Celui Signé par le député d’extrême droite Jacques Bompard, champion toutes catégories des amendements grotesques. L’amendement N°4662 propose tout simplement d’abroger les articles 144 et 145 qui fixent l’âge légal du mariage à 18 ans. Ce qui revient concrètement à légaliser le mariage des mineurs mais également la pédophilie, sous couvert de provocation contre le mariage gay. Ou celui, toujours de Jacques Bompard, qui préconise via l’amendement N°4661 d’ouvrir le mariage à plus de deux personnes. Une légalisation en bonne et due forme de la polygamie… Usés, fatigués, choqués aussi, les députés socialistes peuvent souffler. Les Français aussi.

Un nouveau visage politique

Et surtout Christiane Taubira. Ses allocution, sans aucun papiers ni notes, ses poèmes et sa verve. Ce fut, sans aucun conteste, la voix et l’image du mariage pour tous. Elle en est désormais la référence historique. Sans conteste, la garde des Sceaux est « LA » révélation politique et médiatique du mariage gay. Elle a su tenir tête à une opposition bien décidée à en découdre. Parmi les dizaines et les dizaines d’heures de débat, il restera quelques secondes, quelques colères bien senties, et bien placées, soutenues par l’ensemble de la majorité. « Standing ovation » pour celle qui avait fait perdre Lionel Jospin en 2002. Simone Veil en 1974, Robert Badinter en 1981… Christiane Taubira est de cette classe-là.

Claude Bartolone s’est aussi forgé un nom et une réputation de Monsieur Loyal au moment de ce débat. Les grands débats de société, comme on en connait peu, permettent parfois le renouvellement du visage politique, avec à sa tête, de nouvelles têtes. Qui connaissait Erwann Binet, le rapporteur du texte de loi,  il y a encore quelques semaines ? Personne. Du moins : peu de monde.

On retiendra également ces hommes de droite, en premières lignes Franck Riester et Benoit Apparu, rebelles parmi les rebelles, qui ont voté pour le mariage pour tous malgré les consignes de vote du groupe UMP. Les centristes Jean-Louis Borloo et Jean-Christophe Lagarde diront oui également. Et ils ne sont pas les seuls. La sénatrice centriste Chantal Jouanno, ainsi que Rama Yade ont cosigné avec le député de Seine-et-Marne Yves Jégo une tribune dans Le Monde en faveur du mariage homosexuel, au nom de « l’égalité ».

Mais attention, il ne s’agit là que d’un vote en première lecture. La route est encore longue, et les navettes entre Assemblée Nationale et Sénat vont se multiplier. Qu’importe pour les députés socialistes : la première étape s’est soldée par une victoire. La plus importante.

Jordan Allouche

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